« Personnes autour »
Du 7 au 28 mars, mes toiles s’exposent à La Cour à Saint Étienne.
Vernissage le vendredi 7 mars à 18h.
Exposition visible les samedis et dimanches de 14h à 17h et sur rendez-vous.
Personnes autour
pour une exposition de Catherine HARO
à la Cour
Pierre Rochigneux
21/21 déc2024
« J’ai pour bagage la plume perdue d’un oiseau et pour voyage l’histoire qu’elle me raconte.
Ensuite. Ensuite, nous avons ralenti, nuages, je crois. Ou de la pluie qui ressemble à la chute de larmes.
Nous nous sommes posés, c’est mieux que de tomber, que de s’écraser. Terre inconnue, possibles aventures. J’ai rassemblé l’encre de mon sang, souvenir, je me suis dit. Ramener ceci puis le raconter, le vendre aussi. Mon âme. Mon âme en partage, épargnée par les monstres et les fantômes d’une jungle qui n’avait pour canopée que mon imagination, pour racines juste mes vécus antérieurs, quelques ivresses, quelques cadavres, comme tout un chacun se doit de posséder. Regard à quatre cent grades, un tour complet. Vertige. Rien qui envisagerait de me mordre, pas l’ombre d’une absence de lumière, au mieux l’idée d’un songe inachevé. Pas peur, même pas mal. Observation, déception, un quotidien sans aventure, un avenir sans gloire, au mieux la juxtaposition d’événements incongrus qui pourraient leur faire dire que j’ai de l’imagination. Ils en parleraient. Diraient de moi que j’ai des pouvoirs sur cette imagination, des qualités pour une transmission de désirs et de craintes. Ils ? Ailleurs, les autres, un pont trop loin, là, loin de mon regard de myope. Et de mes oreilles pleines d’eau, quelle idée d’avoir plongé. Anaïs me dit qu’elle n’est pas rousse, que je ne sais pas la regarder. Juliette me jure qu’elle n’était pas ici. Nadine qu’elle était déjà partie. Et Camille qu’elle n’a de souvenirs que ceux qui l’arrangent. Tiens, je lui ressemble. Je raconte le monstre qui se montre, les cornes des diables gentils, les fleurs en ce jardin, on m’écoute en passant, on me lancerait des pièces si j’avais posé chapeau. Je dis que ça m’observe. Ça, la mort reculée, ça, les absences de dieux, les anges sans ailes, les professeurs sans mots, les amours féminines au pluriel, les animaux dangereux. Qui viennent à ma rencontre. Pour salut, hochement de tête et garder distance, sait-on jamais. Nos prudences échangées, gratuites, instinctives, on pense déjà à fuir, on en plaisante, on serait mieux si on songeait à lever une armée, si on désignait l’ennemi, elle pose sa main absente sur mon épaule droite et me rappelle que je suis sans arme. Que je ne suis pas seul et que fondamentalement le danger n’existe pas. Que la mort protège de cette éventualité, que les contes sont faits pour remède, pour accents de rêves, que la fin protège de l’infini, que l’éternité se partage et que notre corps se souvient de tout, que les rides sont les mémoires et sourires douloureux.
Je me laisse aller. »